Durant l’été 2010, Nadir Bouhmouch, jeune réalisateur marocain s’est vu confisquer sa caméra dans un aéroport au Maroc. Bouleversé par la censure du CCM et de la douane, il décide de filmer pendant les manifestations du M20F les formes de répressions qui portent toutes le même nom : Makhzen.

 

 Quelle est votre définition du Makhzen ?

C’est tout simplement le système Marocain: un réseau d’élites de la cour royale, des conseillers, des chefs de sécurité, des militaires gradés, des hommes d’affaires et un pseudo parlement qui devra le soutenir et lui accorder indirectement une légitimité.

Le titre de votre film « My Makhzen & Me »  parle d’une corrélation entre vous et le Makhzen. Il exprime aussi un sentiment de possessivité. Pourquoi ?

La réponse est chez Rousseau. Il est question du « contrat social » entre le peuple et le Makhzen. Le titre est ironique car le contrat social est violé, le Makhzen ne discute pas et ne représente pas le peuple. Le titre exprime en effet un sentiment de possessivité car j’estime que le gouvernement doit appartenir au peuple.

Pourquoi le film montre une répression parfois sauvage ?

Cette animosité justifie la peur des gens à rejoindre les manifestations. Le Makhzen pense que  la violence est nécessaire et que sa vie dépend de l’intensité de cette peur. On ne voit pas cela à la télévision, c’est pourquoi il faut montrer au gens ce qui se passe dehors.

 

Il arrive à n’importe qui d’attribuer la Hogra au Makhzen. La police est censée véhiculer l’image de la sécurité nationale. Pourquoi au Maroc, elle inspire la peur, la paranoïa et l’inconfiance, voire la haine ?

Car il est plus question de répression que de sécurité. Les années de plomb reste un terrible cauchemar marocain. Je pense que c’est juste la méthode de répression qui a changé. Voilà pourquoi la police inspire la peur plus qu’autre chose.

La répression n’a pas tout le temps lieu. Mais est-ce que c’est dur de déclencher chez le Makhzen un déclic d’acquiescement ?

On parle ici de l’inconsistance du Makhzen. Des fois il réagit avec force, des fois pas. Dans ce cas, il est simplement là pour empêcher la multiplication des manifestants.

Les manifestants ont à maintes reprises scandés « Makhzen dégage » ! La cohabitation avec lui est à ce point impossible ?

 C’est un système invivable avec la démocratie. Le Makhzen lui-même n’a jamais exprimé un désir de cohabitation avec les citoyens marocains Toutes formes de répressions doit être jugée et écartée.

Existe-il un moyen de remplacer ce makhzen là. Par quoi ou par qui ?

 Les gens ne doivent plus avoir peur du Makhzen tout simplement. Du moment que nous nous posons quotidiennement des questions sur la machine répressive du Makhzen, notre quête vers la démocratie n’a pas à se plaindre. Elle est entre de bonnes mains.

 

Paru dans le soir échos :  http://www.lesoir-echos.com/%C2%AB%E2%80%89les-gens-ne-doivent-plus-avoir-peur-du-makhzen%E2%80%89%C2%BB/presse-maroc/45855/